Châtel-Guyon et le thermalisme

 

Le docteur Jean-Baptiste Chareyras est en poste à Châtel-Guyon depuis 24 ans. Il a bien voulu répondre à nos questions à propos du thermalisme.

 

Ensemble : Les stations thermales sont-elles vraiment en état de crise ?

Dr Chareyras : A mes débuts, il y avait annuellement quelque 20 000 curistes à Châtel… aujourd’hui, on en recense un peu moins de 5 000. Pourtant, le thermalisme en soi n’a que peu régressé en France (il est passé de 600 000 à 550 000 curistes) ; c’est donc un problème spécifique à notre spécialisation, celle des maladies liées à l’appareil digestif. La rhumatologie, elle, se porte plutôt bien, si l’on peut dire, puisqu’elle constitue aujourd’hui la principale prescription.

Ens. Une spécialisation qui, hélas, ne concerne pas Châtel…

Dr C. Pas encore. Nous avons cependant monté un dossier solide qui permettrait de soigner le double handicap. Jusque là, il n’a toujours pas été accepté. Mais il n’y a pas lieu de désespérer, les échéances électorales pouvant être parfois un stimulant. Par ailleurs, nous faisons une enquête en direction des patients afin de prouver que le traitement de la colopathie fonctionnelle et des maladies inflammatoires de l’intestin (sans traitement actuel, ces dernières touchant surtout des jeunes de 16 à 35 ans) agit efficacement sur la qualité de vie des malades. Et ceci sans effets indésirables. Cette étude devrait se mener en parallèle avec Plombières (Vosges), une station semblable à la nôtre, d’ores et déjà contactée.

Ens. Mais alors, à quoi est due cette perte de vitesse…

Dr C. Deux facteurs essentiels. D’une part, la longueur des cures qui, pour être prises en charge par la Sécurité Sociale doivent être de 18 jours. Or, de nombreux patients hésitent à « sacrifier » trois semaines de vacances. A cela nous rétorquons que, si trois semaines sont nécessaires en début de traitement,  deux semaines suffisent parfois en « rappel » ; la non prise en charge étant compensée par l’économie faite au niveau de l’hébergement dont le coût est supérieur à celui de la cure proprement dite. D’autre part, la prescription relative aux maladies intestinales n’est pas « porteuse » et le remboursement du thermalisme subira très certainement un tour de vis.

Ens. Dans le cadre des économies de la Sécurité Sociale…

Dr C. Car on cible ce qui est vital, ce qui concerne les maladies graves. Il ne s’agit plus seulement de prouver l’efficacité d’un traitement, mais l’importance du service médical rendu. Cela est vrai des médicaments, cela le devient aussi des cures. L’Association Française de la Recherche Thermale a initié des recherches sur l’efficacité du thermalisme. Certains dossiers ont déjà été publiés, d’autres études vont être faites concernant l’appareil digestif. Cela pour répondre à la Haute Autorité de la Santé qui veut cibler les « bonnes » stations, lesquelles bénéficieront toujours de la prise en charge, quant aux autres…

Ens. Cela suppose la chasse aux « faux malades » buvant de l’eau à midi et du pastis le soir…

Dr C. Si cette image pouvait être justifiée dans les années 60, il n’en est plus ainsi. Aujourd’hui, le curiste croisé dans la station est, hors période de vacances, ou bien un retraité, ou bien un jeune réellement malade. Les autres viennent durant leurs congés payés.

Ens. Quelles sont les répercussions pour une ville comme Châtel ?

Dr C. Le bilan peut tenir en deux chiffres : il reste 24 hôtels sur une soixantaine. Il y a une vingtaine d’années presque toute la population avait une activité liée au thermalisme ; aujourd’hui ce n’est plus le cas. Heureusement, Châtel bénéficie d’un afflux de population qui permet à la ville de garder son dynamisme et cet attrait si particulier des « villes d’eau ».

Ens. Il n’y aurait pas de « plan B » pour sauver la ville ?

Dr C. Non, et ce n’est pas indispensable car il y a des perspectives encourageantes, pour lesquelles la Ville et les professionnels de la Santé se battent. Si des indications disparaissent, si des médicaments ne sont plus remboursés – ou le sont moins – notamment les antispasmodiques peu chers et jugés d’un service médical insuffisant, la colopathie fonctionnelle n’a d’autre traitement que la cure. Et puis, les établissements thermaux sont prêts à investir, notamment pour proposer des séjours courts (une semaine) pour remise en forme avec soins thermaux. Une formule moins onéreuse que la thalassothérapie ! Enfin, nous devons obtenir que puisse être traité à Châtel le double handicap dont je parlais, rhumatologie plus colopathie. La Ville a financé une étude dans ce sens, et cette implication de tous les acteurs est un élément non négligeable et très encourageant.

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