« Chantez ! Parlez ! Personne ne vous écoute. »

 

C’est ainsi que s’exprimait le Père Henri Madelin parlant de la marginalisation du christianisme dans le journal La Croix du 8 janvier 1997. Face aux problèmes de société, à la politique, les chrétiens ont-ils quelque chose à dire ? Et s’ils parlent, qui est intéressé ? Le risque est grand de se laisser mener par la « pensée dominante ». Nous pensons, nous agissons, nous réagissons… comme tout le monde ! Au-delà des réactions sécuritaires et des proclamations identitaires, il est urgent de retrouver en soi, comme dans le message de l’Evangile, des raisons neuves de vivre sa foi pour relever les défis auxquels notre société est confrontée.

Les mois de mars-avril ont été agités par… par quoi ? Le souci de se placer en vue des élections présidentielles de 2007 ? En conclusion de leur assemblée à Lourdes, le 7 avril 2006, les évêques de France ont livré leurs réflexions : qui les a entendus ? Je me permets de les citer : « Notre pays se trouve, une fois encore, secoué par une crise sociale et politique de grande ampleur. En octobre et novembre derniers, c’était les violences urbaines, expression de la souffrance de jeunes, en grande partie issus de l’immigration, en mal de formation et d’avenir, qui exprimaient leur refus de la discrimination et de la marginalisation. Aujourd’hui, à travers la contestation du CPE, c’est, de nouveau, la souffrance de la jeunesse qui s’exprime, mais cette fois dans le domaine des études et de l’entrée dans le monde du travail. Nous ne pouvons pas ne pas entendre cette souffrance des jeunes, cette angoisse face à leur avenir. (…) Cette contestation manifeste aussi fortement la crise du politique et de la représentativité. Les divisions de la classe politique et les postures, qui apparaissent trop souvent comme un jeu d’acteurs en vue des échéances électorales à venir, accentuent son discrédit. (…) Mais ce malaise touche plus profondément les raisons de vivre. Une espérance qui donne le goût d’exister ne peut se réduire à la seule recherche de sécurité. » *

La précarité économique, bien réelle, conditionne la vie de nombre d’étudiants. La paroisse Saint Luc à Clermont-Ferrand en a pris conscience ; elle organise la collecte de « paniers » garnis de denrées non périssables pour soutenir les étudiants en difficulté financière. Et n’oublions pas les précarités affectives et spirituelles : la solitude existe bel et bien !

Ainsi, au moment où certains prennent des vacances, d’autres attendent dans l’angoisse que le temps passe, ou travaillent plus dur encore en été. Savez-vous que 40% des Français ne partent jamais en vacances ; et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce sont les jeunes de 17 à 25 ans qui sont le plus touchés. Ils ont besoin de l’argent gagné l’été pour financer leurs études.

Que cela ne vous gâche pas le plaisir de vivre un été de rencontres, d’ouverture d’esprit, de découvertes. Que vous partiez, que vous restiez, il est toujours temps d’ouvrir les yeux, d’accueillir l’imprévu, de se nourrir d’échanges, de rires et de sourires : la fraternité peut être autre chose qu’un slogan !

Je partage avec vous cette réflexion d’un pape déjà ancien, Pie XII : « Le beau doit nous élever. La fonction de tout art consiste à briser l’espace étroit et angoissant du fini dans lequel est plongé l’homme tant qu’il vit ici bas, pour ouvrir une sorte de fenêtre à son esprit qui tend vers l’infini. En face d’une culture sans espérance, faites donc sourire sur la terre, sur l’humanité, le reflet de la beauté et de la lumière divine et vous aurez, en aidant l’homme à aimer tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, contribué grandement à l’œuvre de la paix. »

Je souhaite à chacun de vous un été plein de découvertes grâce aux rencontres que vous saurez initier.

Marc Denaës, curé de la paroisse Notre-Dame des Sources

 

* Vous pouvez trouver l’intégralité de ce texte sur Internet http://www.cef.fr/catho/assplenavril2006

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