Melina

C’est une jeune fille indienne du peuple Quechua qui vit dans le Sud des Andes, au Pérou.

Elle est issue d'une famille nombreuse. Sa mère est analphabète et son père est chômeur. Depuis 5 ans elle bénéficie d'une bourse pour ses études, prise en charge par l'association « Sandia ». Cette association riomoise participe à des projets de développement initiés par la population de la région de Sandia dans le Sud andin, ainsi qu'à la vie de cette paroisse ; elle parraine de jeunes étudiants dont les  familles sont sans ressources.

Voici des extraits de son dernier courrier : 

«  ... le 13 mars j'ai commencé le 10° semestre à l'université. Il m'en reste 2 pour terminer mes études de droit. Pendant cette année 2006 je vais aider, tous les matins, les avocats commis d'office des Services populaires du Ministère de la Justice. Ceci dans le cadre de la mise à disposition des treize meilleurs élèves, par les Autorités de la Faculté de Droit, pour les différentes institutions de l'Etat. »

 

Puis elle décrit une marche pour la paix, la solidarité et la vie :

« C'est le 1er mai 2005 qu'a commencé  la marche sur le Chemin de l'Inca, pour porter un message de paix, en mémoire des 70 000 victimes de la violence politique au Pérou, des années 1980 à 2000 *. Quand les Chasquis [messagers dans l'ancien empire Inca] sont arrivés à Puno, j'ai décidé de les accompagner pendant 3 jours, jusqu'à la frontière avec la Bolivie, étape finale de la Marche.

Ce parcours a été fabuleux parce que dans chaque village, des enfants, des jeunes, des adultes nous attendaient avec un drapeau blanc à la main, criant : " Nous voulons la paix, que vive la paix ! " et ils nous encourageaient pour la poursuite de notre chemin. J'ai compris à quel point, tous, nous aspirions à la paix pour notre peuple. Mais là, a surgi la question : qu'est-ce que je fais, moi, pour la paix dans ce monde ?

En chemin j'ai pu converser avec un Chasqui, Monsieur Abel, athlète de profession. C'est un homme sûr de lui, amoureux de notre diversité culturelle, admirateur des paysages de ma terre. Regardant les champs, il m'a dit : " nous avons tant à faire pour notre terre ". Il a certainement raison, nous avons tant à faire pour nous, nos frères et nos sœurs. A ce moment là, j'ai commencé réellement à apprécier ma terre, ses beaux paysages, le petit matin et le coucher du soleil qui sont si merveilleux. Je me suis dit que seul Dieu a pu créer tant de beauté et il l'a fait pour nous. Peu m'importaient la fatigue, la chaleur, tout cela valait la peine. Aussi je suis fière de vivre dans ce merveilleux pays.

J'ai pu converser avec un autre Chasqui, Nilo, un jeune, orphelin à l'âge de deux ans, victime du conflit armé dans notre pays. Ses parents sont sur la liste des disparus. Il m'a dit cheminer au nom de tous les orphelins, pour demander aux autorités réparation pour les victimes. Il a beaucoup de courage, l'envie de s'en sortir, mais avec une profonde douleur dans le cœur à cause de la perte de ses  parents. Ceci m'a questionnée : où étais-je et où étions-nous quand nos frères souffraient ? Pourquoi être restés indifférents aux tueries, aux disparitions de nos propres frères ? Pourquoi ne nous intéresser qu'à notre propre vie ? Parce qu'il n'y a pas de justice pour celui qui n'a pas d'argent ? Peut-être ceux qui administrent la justice n'ont-ils pas de sentiments ? Parce que maintenant ceux qui ont de l'argent ont le pouvoir. Où sont nos valeurs éthiques et morales ? Parce qu'il n'est pas important d'être dignes, respectables ? Est-il bon de vivre dans un monde où seul compte l'argent ? Faut-il dire toujours : c'est ainsi, c'est la vie !

Ce qui me conforte c'est de voir qu'il existe des personnes qui aiment leur prochain et méritent d'être distinguées pour leur humanité. »

 Monique Mersch

 

* il s'agit des années où sévissaient le terrorisme avec le Sentier Lumineux et la répression aveugle de l'armée.

 

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