Tribune
Parce que les chrétiens ne sont pas des citoyens sous tutelle,
Parce que les chrétiens sont engagés sur les routes humaines,
Parce qu’ils expriment leurs convictions par leurs actes, leurs paroles, mais aussi par des écrits, nous avons ouvert cette rubrique nouvelle.
Qu’elle soit un lieu d’échange et d’affirmation de notre foi en Dieu et en l’Homme.
En notre douloureuse inhumanité
L’omerta. Un comportement que l’on a du mal à accepter (bien qu’on le comprenne) sachant les méfaits de la mafia. Car la « pieuvre » sème la terreur et tue. Mais l’omerta, c’est aussi notre silence gêné – et coupable - face aux hommes et aux femmes que l’on mutile. A cause de pratiques ancestrales que rien ne peut justifier, pas même la religion, surtout pas la religion.
Bien longtemps, la sexualité a été un sujet tabou ou galvaudé. Il a fallu attendre le déclin du vingtième siècle pour briser des carcans, pour changer des mots, que les « maladies honteuses » deviennent des M.S.T(1). Mais il faut se battre encore et espérer, malgré de farouches résistances, que le vingt et unième siècle voie la disparition des mutilations sexuelles. Pratiques que toute démocratie – que tout démocrate - devrait dénoncer et combattre sans concession.
En matière de sexualité comme en beaucoup d’autres, hélas, Dieu est prétexte et la tradition est justification. Dans son message du 1er janvier 1998 le pape Jean-Paul II affirmait qu’il faut « rejeter les critiques de ceux qui essaient d’exploiter l’argument de la spécificité culturelle pour couvrir les violations des droits humains »(2).
Certes, le relâchement des mœurs et les évidentes dérives récupérées par certains comme outils de provocation ou par électoralisme, que nous connaissons en Occident, ne plaide pas en faveur de notre conception de la sexualité – responsable mais épanouie. Néanmoins, des lueurs d’espoir brillent dans certains pays plus particulièrement concernés. Feux follets émanant notamment d’autorités religieuses, comme l’imam d’Al Azhar(3), qui s’est prononcé contre la mutilation des fillettes, et a déclaré ouvertement que sa propre fille avait été épargnée. Et en France, on peut se réjouir que des chirurgiens acceptent de réparer gratuitement les dégâts dans la mesure du possible.
Surprenant par contre que des médecins, dont la vocation est de défendre l’intégrité du corps humain, approuvent les ablations par des circonvolutions de langage qui laisseraient entendre que la vie de couple s’en trouve épanouie.
Magdi Helmi, directeur de programme de santé à Caritas, est conscient de l’ampleur de la tâche éducative. Pour lui, seules des solutions collectives feront reculer ces traditions, en impliquant le plus de monde possible. En cette année anniversaire de l’abolition de la peine de mort en France, s’engager contre les mutilations, toutes les mutilations, c’est aussi défendre la dignité de la personne humaine. « Votre corps est le temple du Saint Esprit » dit l’apôtre Paul. Un temple qui nécessite des égards, mieux, une réelle mobilisation !
M.P.
(1)
Maladies sexuellement transmissibles
(2)
qui ont également cours en France !
(3)
Al-Azhar, en Egypte, possède une Mosquée-Université qui, dès le XIVe
siècle, devint le centre intellectuel musulman le plus important.
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