Sur le chemin de Santiago

 

En septembre, je suis partie pour finir le tronçon espagnol du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, appelé camino francés : 600 kilomètres à pied, en 24 jours, de Burgos à Santiago, puis Cap Finisterre. Il y a quelques années, j’avais commencé le « chemin » à partir du Puy, par étapes d’une dizaine de jours par an. Je voulais absolument arriver au bout cette année !

 

Les motivations

Qu’est-ce qui pousse, chaque année, des dizaines de milliers de personnes du monde entier à partir sur les chemins de Compostelle ? Goût de l’aventure, de rencontres imprévues ? Désir de se surpasser, de se retrouver face à soi-même ? Envie de marcher sur les traces de centaines de milliers de pèlerins qui ont arpenté ce chemin au cours des siècles, ou bien désir de rencontrer l’Eglise universelle, de se recueillir devant les reliques de l’apôtre Jacques, de se rapprocher de Dieu ? Pour moi, c’était un peu tout cela.

La journée du pèlerin

Il faut partir tôt à cause de la chaleur et pour trouver une place au prochain refuge car,  en Espagne, les réservations sont impossibles. On part souvent le ventre vide ; à 7 heures les cafés sont encore fermés. Plus tard, on repèrera de loin le café ouvert, par les sacs posés devant sa porte. Vers midi, c’est le sandwich, une omelette ou une portion de tarte de Santiago.

L’arrivée se situe entre 13 et 16 heures. Si le refuge annoncé par le topoguide est  complet, il faut chercher un autre hébergement, ou poursuivre jusqu’au prochain village. L’installation dans le dortoir est suivie de la douche, d’une lessive sommaire, des soins aux petits bobos. Puis on repart visiter le village, faire quelques courses, éventuellement participer à une messe. Le dîner est soit préparé dans le gîte, soit pris au restaurant.

Les rencontres

Le chemin est ponctué de rencontres inattendues. C’est un Espagnol qui, en nous dépassant, nous offre des oranges. Un automobiliste ralentit pour donner un bonbon ; des vendangeurs nous tendent des grappes de raisin. C’est aussi un Italien, inquiet de ne plus nous avoir vu de plusieurs jours. Un soir, autour de la table, 9 nationalités et 4 continents étaient représentés !

Après la Castille, la Galice

Les paysages parcourus sont variés. En Castille c’est la Meseta, immense plateau aux arbres rares, et donc sans ombre. Le chemin culmine à 1490 m à la Cruz de Fero. La Galice est verdoyante et l’on traverse notamment de vastes forêts d’eucalyptus.

L’arrivée à Santiago

Nous avons pu entrer dans la basilique par la « Porte Sainte », ouverte seulement les années jacquaires (lorsque la fête de Saint-Jacques – le 25 juillet – tombe un dimanche). Après nous être recueillis devant les reliques du disciple, nous avons assisté à la messe des pèlerins. A la fin de la célébration, l’encensoir (le botafumeiro, haut de 1,6 m et pesant 54 kilos) a été actionné par les toraboleiros, jusqu’à ce qu’il touche presque la voûte du transept.

Le Cap Finisterre

Le lendemain nous sommes partis pour 4 jours supplémentaires, toujours à pied, jusqu’au Cap Finisterre. Endroit mythique, point extrême à l’ouest du continent, où les falaises plongent dans l’océan. Le coucher du soleil y est extraordinaire.

Dans son carnet de bord un jacquaire, Jean-Claude R. a écrit : « Le moment est magique, le soleil meurt lentement dans l’océan. La nuit s’installe sur la côte atlantique, le phare du Cap Finisterre s’est allumé, la lune se lève. Certains estiment que le pèlerinage à Compostelle est une métaphore de la vie. Dans ce cas, l’arrivée au Finisterre (à la fin des terres) symboliserait-elle la mort ? Si la mort est faite d’autant de plénitude et de sérénité, ce n’est donc pas une chose aussi terrible ! ».

C’est sûr, aller à Compostelle est une « expérience » que l’on ne regrette pas, et dont on ne revient pas tout à fait comme avant. 

Nicole B.

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