L’heure arrive où je dois quitter mes compagnons de route. P. redescend et m’accompagne jusque sur le trottoir. C’est comme si nous ne pouvions nous résoudre à la séparation. Accolade chargée d’émotion. Ce vagabond de Dieu, que je ne connaissais pas il y a seulement trois jours, mais dont j’ai écouté les mots et les silences, cet inconnu qui a été attentif à mes petits problèmes de santé, oui, cet inconnu a soudain rempli mon espace affectif.

Je m’éloigne d’un pas lourd, comme à regret. La cinquante et unième page de ma longue progression vers Compostelle se tourne dans un bruissement de feuille déchirée, d’âme blessée. Tant de désarroi, de peine ? pour une si brève rencontre, comment est-ce possible ?

 

Au moment d’arriver dans la ville de tous les espoirs je veux dire adieu. Oui, adieu à tous ceux que je ne reverrai probablement jamais, avec lesquels j’ai parcouru un petit bout de ce chemin long de 1700 km .

Et je pense aussi à tous ceux qui, au moment d’un départ ou en cours de route, m’ont demandé « priez pour moi à Compostelle ».

Demain, cette mission verra son accomplissement. Même si, dans l’émotion du moment, il ne m’est pas possible d’afficher sur l’écran de mes pensées le visage de chacun. Ils sont trop nombreux et ma mémoire trop infidèle. Mais qu’ils sachent qu’à un moment au moins ils étaient avec moi sur le chemin des étoiles !

 

Avant le retour, il me reste à dire « adieu, Jacques ».

Non, encore un peu, voudrait-on protester comme un enfant, mais ce n’est plus possible. « O temps, suspends ton vol » implorait déjà le poète, mais le poète non plus ne fut pas exaucé.

Alors, « à Dieu, Jacques ». Je sais maintenant qu’un moment de grâce peut arriver, où la rencontre avec l’Eternel n’effraie plus, devient même désir. Tant de saints, dont tu es, nous ont précédés, vivant comme toi, jusqu’à l’extrême, leur fidélité au Christ, nous préparant une route bien moins risquée.

Je sais aussi la grâce attachée aux pas de celui qui n’écoute plus, qui transcende les plaintes lancinantes ou violentes de son corps et sait faire silence malgré le brouhaha de foules turbulentes, visiteurs ou faux pèlerins.

Je sais enfin, maintenant, le poids mais aussi la force porteuse de ces quelques mots murmurés parfois avec une extrême pudeur : priez pour moi à Compostelle.

Oui, « à Dieu », et merci Jacques !

 

 

 

Notre-Dame des Sources, étape du chemin de Compostelle

La Croix de Fer, entre Riom et Châtel-Guyon, rappelle que nous sommes sur un très ancien itinéraire jacquaire. Pour preuve aussi, le vitrail de saint Jacques situé dans l’église du Marthuret, chapelle de la Vierge à l’oiseau. Un itinéraire en cours d’aménagement, après celui de Clermont – Cahors (celui-ci réalisé par Chamina, et qui a été ouvert en mai 2005).

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