Nous
avons reçu du Père Michel Brumelot, ancien curé de Riom, la lettre ci-dessous
que nous publions avec un vif plaisir.
M’
Bour, Sénégal le 31 juillet. Trente six ans après neuf années à la mission
Ste Anne de Thiès, me voici replongé pendant un mois dans les sables brulants
du Sahel, les baobabs, les moustiques assassins ; je redécouvre ce pays
toujours soumis aux aléas des pluies hivernales, aux lenteurs administratives,
aux chaleurs moites et pesantes. Les bas quartiers aux tôles ondulées qui
poussent toujours plus loin, cœurs de la débrouille. Les yeux des paysans
interrogent le ciel : les pousses de mil, d’arachides qui commencent à
poindre, survivront-elles ?
Autour
du village, ces enfants de 4 /5 ans frappent avec vigueur sur la peau d’un
ballon dégonflé, le puits déborde de vie, mamans ceinturées des bébés
endormis, jeunes filles aux pagnes flamboyants se passent les nouvelles, ânes,
moutons, chèvres, chiens, bœufs décharnés font entendre leur voix
Après
quelques kilomètres de pistes latérite rouge, sur les têtes des dames l’eau
rejoint le village.
Fidèle,
la voix lointaine du muezzin perce les airs et appelle à la prière.
J’ai retrouvé avec joie beaucoup de ces « anciens jeunes chrétiens » (au milieu de 90 % de musulmans). Ils arrivent nombreux chaque année des écoles primaires des villages lointains pour suivre leurs études à la ville, un morceau de savon en poche.
Aidés
par le CCFD, nous les hébergeons dans des cases améliorées, bâties en petits
villages autour de la ville ; nourris, ils devaient aller en ville vendre
lapins, œufs, poules de leur élevage, pour pouvoir payer une partie de leur
pension.
Les
voilà devenus pères de famille, instituteurs, postiers, prêtres, animateurs
d’associations, catéchistes ; j’ai constaté avec plaisir que ce
travail d’accueil des enfants de brousse très démunis se poursuit toujours
sous des formes diverses.
J’ai
retrouvé Jacques Sarr, ancien directeur des œuvres de Dakar, devenu évêque
de Thiès. Eglise vivante, affrontée elle aussi aux multiples sectes américaines.
Très
présent physiquement à la population des quartiers, église attentive à un
dialogue interreligieux exigeant et à une formation théologique des étudiants
chrétiens en particulier.
Pays
musulman, au coin des rues, sous les porches ou les arbres, un peu partout, des
hommes accroupis égrainent à vive allure les 99 grains de leur chapelet pour
se pénétrer des qualités de Dieu : le Clément, le Miséricordieux, etc.
Les
femmes, qui ne sont pas astreintes à ces prières rituelles trop souvent déformées,
creuses, apportent plus de vérité dans leur foi.
Ma
voisine musulmane me disait hier « Dieu, il est toujours en moi, c’est
mon ami ». Les femmes, peut-être une chance pour l’islam de demain !
Le
pays émerge, comme on dit aujourd’hui .Bien lentement à première vue. Dans
les champs les semoirs remplacent les mains ; des conduites d’eau dans
quelques villages privilégiés de la côte mais aussi les inévitables
portables au cou des jeunes ; les hôtels luxueux au bord de mer ; étrangers
souvent entre palmiers, piscines, pirogues et sables fins.
Malgré
les appréhensions avant mon départ, mes 80 ans semblent vouloir tenir le coup
et s’adapter aux épices, au riz, mil, etc.
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