La paix !
Comment avez-vous lu ce titre ? Je veux dire : sur quel ton ? On peut en effet comprendre : « Ah ! la paix, quel beau rêve ! ». Ou bien la lassitude : « évidemment, à l’approche de Noël, on va encore nous ‘bassiner’ avec des beaux sentiments ! ». Certains pourraient entendre : « fiche-moi la paix ! ». Pour d’autres, il s’agit d’un combat…, et même d’un combat intérieur.
La
paix sociale, la paix intérieure, la paix entre les peuples, en famille…
« Paix aux hommes de bonne volonté » est-il clamé dans l’évangile !
Allez, un peu de bonne volonté, que diable ! Mettez-y du vôtre !
Nous sommes tellement inquiets, nous avons tellement de raisons de nous préparer
à la guerre ! Les autres sont une menace… et ils sont nombreux :
ils risquent bien d’être tous ceux qui ne sont pas moi ! Et il arrive même
que je sois en guerre contre moi.
Alors,
une fête où on peut oublier, s’évader, vivre la tranquillité. Ne serait-ce
qu’un instant, le temps d’une fête justement, faire comme si tout allait
bien, comme si nous nous entendions bien, comme si nous étions tous pareils,
nous avions tous les mêmes intérêts, la même culture, la même compréhension
des êtres et des événements… Vive la trêve des confiseurs !
Avec
beaucoup de nos contemporains, nous, les chrétiens, (et pas seulement les
catholiques !), nous croyons qu’un minimum de bien-être, de justice et
de dignité est nécessaire pour vivre et construire le bonheur au quotidien. Ce
minimum est le seul garant de la paix entre les peuples. Tout ce qui blesse la
personne mutile la paix. Et la construction de la paix commence par le respect
de la personne. Faire la paix, c’est d’abord être convaincu que tout être
humain est une personne. Non, l’autre n’est pas d’abord un étranger,
un concurrent, un adversaire, une menace, un ennemi. L’Evangile nous invite à
reconnaître en lui un frère à connaître, à comprendre, à aider, à aimer.
Le
Dieu que Jésus-Christ nous révèle en cette fête de Noël n’est pas une
abstraction, une énergie, un substitut de nos manques et de nos frustrations…
Il est une personne que nous pouvons suivre, imiter pour construire le « Royaume
de justice et de paix » à venir et déjà là. Oui, il est déjà là par
les actes de ceux qui accueillent l’étranger, visitent les prisonniers,
nourrissent et abreuvent les plus pauvres… par les actes de ceux qui,
aujourd’hui, reçoivent les immigrés, les sans-papiers, hébergent les SDF,
procurent un emploi aux chômeurs et licenciés, soignent les blessés, les réfugiés,
les sans-soins…
La
paix est menacée chaque fois que des régimes non-démocratiques entravent la
liberté des hommes ; chaque fois que des systèmes économiques et sociaux
injustes violent leur « égalité de nature ».
La
paix s’édifie par nos gestes quotidiens de compassion, de justice et de
solidarité fraternelle, de respect de la dignité essentielle des personnes
humaines. Célébrons Noël : que notre quotidien nous permette de jouir de
cette paix que chacun de nous, dans sa complexité personnelle et dans ce monde
si difficile, recherche constamment. N’hésitons pas, vivons la fête, non
comme un refuge dans l’oubli et l’illusion, mais dans le recul nécessaire
pour accueillir le « Prince de la Paix ».
Marc Denaës