Attente

 Il y a des salles pour cela. Ce ne sont pas des endroits où l’on se rend, en général, de gaieté de cœur. L’attente peut nous faire naviguer de l’agacement à la désespérance en passant par l’inquiétude et la désillusion. Attendre quelqu’un qui n’est pas à l’heure au rendez-vous, s’inquiéter de son retard, comprendre qu’il ne viendra plus… et faire l’expérience de la solitude, voire de l’abandon… Non, décidément, l’attente n’est pas réjouissante !

Et quand l’attente est espérance, la désillusion (son corollaire) pointe son nez. Nos contemporains ont tellement été déçus, dans tous les domaines, politiques comme économiques ! N’est-il pas inconvenant de parler encore d’attente ? Pourtant, Nous attendons tous quelque chose : le confort matériel, la sécurité (santé, travail), la PAIX, un bonheur qui dure, de l’affection. Nous sommes prêts à nous enflammer pour une noble cause portée par des personnages « charismatiques »… auxquelles nous n’accordons pourtant qu’un crédit très limité : « l’état de grâce » est de plus en plus court ! Nous attendions un Messie efficace…

« Mais l’amour dont on m’a parlé

Cet amour que l’on m’a chanté

Ce sauveur de l’humanité

Je n’en vois pas la trace, dis

Comment peut-on vivre sans lui ?

Sous quelle étoile, dans quel pays ?

Je n’y crois pas, je n’y crois plus, je suis perdu »

(Michel Fugain : « Fais comme l’oiseau »).

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mat 11,3). C’est la question que, du fond de sa prison, Jean-Baptiste pose à Jésus. Il attendait un Messie justicier, porteur de la colère divine. Or ce qu’il sait maintenant de Jésus ne correspond pas à cette figure redoutable. Ce Messie-là ne condamne personne, refuse d’être le « magicien » de service, appelle continuellement les hommes et les femmes à se relever, à marcher, à se mettre au travail. C’est comme s’il nous disait : vous attendez un Messie ? Eh bien, bougez-vous ! « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Marc 6, 37).

Les chrétiens vivent le temps de l’Avent, de l’attente, préparation de la fête de Noël, expression vivante de l’Amour de Dieu pour l’humanité. Dieu a tellement aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique. Le Christ est le point de rencontre entre l’homme et Dieu.

Changeons donc de regard sur les événements et les personnes. Les baguettes magiques n’existent pas. Pendant le temps de l’Avent, y a-t-il des solidarités que nous pouvons assumer dans notre vie ? Nous sommes en chemin, situés dans l’espace et dans le temps, ici et maintenant. Sachons voir la valeur du temps du mûrissement. L’attente, ainsi, n’est ni un manque, ni un vide : elle nous est donnée pour nous ouvrir à nous-mêmes, aux autres, à Dieu-Amour. Les chrétiens croient en un Dieu qui ne se fatigue pas d’aimer. « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit ? dit Dieu. Même s’il s’en trouvait une pour l’oublier, moi je ne t’oublierai jamais ! » (Isaïe 49,15). Et si nous vivions l’attente comme on vit la joie de la préparation de la fête, l’intensité de l’espérance d’un cœur qui écoute et espère ?

 

Je vous souhaite un joyeux Noël.

 

Marc Denaës, curé de la paroisse Notre-Dame des Sources

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