L’histoire des santons de Provence

Vous connaissez les santons de Provence, ces petits personnages que l’on met dans les crèches au moment des fêtes de Noël. Il y a bien sûr : l’enfant Jésus couché sur la paille, la Vierge Marie qui le contemple et puis Joseph vêtu d’une robe de bure, qui se tient à leur côté. Il y a aussi le bœuf, l’âne, les bergers et leurs troupeaux précédés de l’ange messager de la naissance. Mais avez-vous remarqué qu’en Provence, tout autour de la crèche se tiennent çà et là des personnages venus, tout comme les rois mages, porter des offrandes au nouveau-né ?

Il y a : le paysan, l’homme à la cruche, le tonnelier, le bourrelier, le gitan, le marchand de marrons, le meunier, le rémouleur (aiguiseur), le chasseur, le curé, le garde champêtre, le pescadou (pêcheur), le ravi (personnage à l’air naïf reconnaissable entre tous avec les bras levés au ciel en apprenant la naissance)... et aussi la poissonnière, la femme au savon, la marchande de rubans, la fileuse, la femme à la lavande, la laitière, la marchande de fougasses, la bohémienne... ; tous représentent le petit peuple marseillais. On y retrouve également Saint François d’Assise, le Saint Patron de santonniers qui, en 1223, mit en scène pour la première fois une crèche vivante avec des personnages et des animaux. Cette tradition se répandit et se perpétua dans toute l’Italie puis en Espagne pour être, dès la fin du XIIIème siècle, introduite en Provence. A l’époque, les "santons" sont de très grands personnages dont la tête et les mains sont en cire et le corps souvent de bois ; ils sont peints ou très richement habillés. Ces scènes de nativité deviennent un élément fort de l’évangélisation catholique.

Au XVIIIème siècle, la révolution interdit la  Messe de Minuit et les crèches d’église. Mais, les Marseillais restés très fidèles à leurs crèches, créaient des "crèches publiques", réalisées par des particuliers qui les faisaient visiter. Par la suite, l’usage se développe de monter une crèche dans chaque foyer,  les personnages locaux et les décors sont à l’image de la région, l’homme simple dans sa vie de tous les jours côtoie Dieu  (humanisation de la religion) ; c’est la naissance du  santon tel qu’on le définit aujourd’hui.

En 1798, Louis Lagnel (Marseille 1764-1822), conçut les premiers moules en plâtre pour fabriquer ses santons en argile. Cette nouveauté technologique permit une production de masse et une plus grande diffusion. Le véritable essor des santons commença au XIXème siècle avec l’apparition des premiers maîtres santonniers de Provence ; chacun crée ses personnages d’argile selon sa propre "marque de fabrique". Marseille devient alors capitale santonnière. Aujourd’hui, face à l’uniformisation du pays par la langue et l’abandon du costume traditionnel, le santon est devenu un objet identitaire mais aussi un souvenir d’enfance commun à bien des gens et qui fait "rêver" les petits comme les grands.

E. R.-L.

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