Edito

 

L’Innocent ?

 

Jésus meurt parce que d’autres hommes l’ont voulu, parce que d’autres hommes lui en ont – très littéralement – voulu à mort.

Sa mort est l’aboutissement du conflit qui l’a opposé aux autorités religieuses de son pays. L’interprétation de la Loi est au cœur du débat : Jésus est loin de l’observance scrupuleuse des pharisiens. Dans ses paroles et ses attitudes, il ne cesse de remettre la Loi à sa place, une place relative, celle d’un moyen qu’il ne faut pas confondre avec une fin (cette fin étant l’amour de Dieu et du prochain). A Jérusalem, ce sont des paroles annonçant la ruine du Temple, et sans doute aussi un geste dirigé contre les marchands et les changeurs, qui expliquent que Jésus ait provoqué contre lui l’opposition des notables et d’une bonne partie de la population.

En s’en prenant à la Loi et au Temple, Jésus attaque les deux piliers sur lesquels s’appuient à la fois, dans le monde juif de son époque, la religion et toute la vie sociale. Jésus s’en prend, plus profondément, à la prétention d’accaparer l’amour de Dieu. Le Dieu que Jésus révèle aime chacun, sans exclusive, sans distinguer les bons et les mauvais. Jésus l’a dit par ses attitudes, plus encore peut-être que par ses paroles. Mais ce qui est « bonne nouvelle » pour ceux qui se savent indignes de l’amour de Dieu est devenu une annonce inacceptable pour ceux qui croyaient mériter cet amour par leur pratique de la Loi ou par une présence assidue au Temple.

Jésus est mort parce qu’il est venu proposer une société nouvelle où tout homme serait respecté, où l’amour présiderait aux relations humaines, où les cloisonnements disparaîtraient parce que chacun y serait accepté et respecté dans sa différence.

Jésus est mort parce qu’il est venu proposer une société où cette mutation sociale serait sous-tendue par une mutation des mentalités… et non par une contrainte extérieure.

Jésus est mort parce qu’il est venu proposer une nouvelle image de Dieu avec qui on peut nouer des relations filiales et non plus des relations de crainte.

Jésus ne s’est pas dérobé : il est allé affronter le pouvoir jusque dans la capitale et son temple, bien conscient du sort qui l’attendait. Son attitude a, de fait, entraîné le refus et la haine des responsables de la société humaine, jusqu’au meurtre légalisé par un jugement de tribunal.

Qui est coupable ?

Ne faisons pas l’innocent ! Ne nous renvoyons pas la balle comme des gamins : « ce n’est pas moi, c’est lui qui a commencé ! ». Assumons ! C’est précisément un peu cela le péché : faire l’innocent, faire comme si, donner le change… En toute liberté, des hommes ont décidé la mort de Jésus. Un autre choix était possible. Il n’y a pas de fatalité !

Jésus, lui, EST l’innocent livré, condamné, exécuté…

Cherchons le sens de cette mort dans ce qui a précédé : une vie au service de Dieu et des autres. La mort est le sceau que Jésus appose à toute sa vie de combat pour une certaine idée de Dieu, pour une certaine façon de concevoir comment Dieu aime. Elle vient en même temps couronner toute une vie de solidarité avec les pauvres, les marginaux, les exclus.

En Jésus, dont nous avons célébré la naissance à Noël, Dieu se fait proche de nous pour nous donner son pardon. En Jésus, nous avons l’exemple d’une existence vécue dans la plus parfaite conformité aux vœux du Père. Et c’est pour cette raison qu’elle s’achève, à Pâques, dans la " gloire " de Dieu, dans la lumière de la Résurrection.

Marc Denaës, curé de la paroisse N.-D. des Sources

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