Peine de mort : Saddam Hussein, suite et fin

   

Après la statue de Saddam Hussein, que nous avons tous vu déboulonner le 9 avril 2003 sur la place Fedaous de Bagdad, c’est le dictateur lui-même qui est tombé le 30 décembre 2006, la corde au cou. Si l’événement n’a pas manqué d’attiser liesse pour les uns, haine vengeresse pour les autres, il a aussi été marqué par une surprenante indifférence. Pourtant, cette exécution ne manque pas de poser, elle aussi, la question des droits de l’Homme.

 

Certes, l’ancien président de l’Irak était un assassin notoire. Et pas seulement de 148 villageois chiites à Doujaïl, comme le stipule l’acte d’accusation du 5 novembre dernier, confirmé le 26 décembre par la Cour d'appel. Ce sont bien des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont été massacrés de son fait.

Bien sûr, on comprend le sentiment de justice que peuvent éprouver des familles directement touchées par ces horreurs.

On peut aussi penser, comme le président égyptien Hosni Moubarak : je ne dirai pas si Saddam méritait ou non la peine de mort, je ne vais pas non plus évoquer la question de savoir si le tribunal qui l'a jugé est légal… le fait est que les problèmes en Irak demeurent.
Au delà de ceux-ci, bien réels et que l’on ne saurait sous-estimer, le grave cas de conscience que soulève cette exécution est bien la sentence elle-même.

Dans le contexte qui était le sien, Thomas d’Aquin (1228-1274) considérait que tuer des malfaiteurs n’est pas seulement permis, mais nécessaire s’ils sont nuisibles ou dangereux pour la communauté.

Plus près de nous, le théologien Jacques Leclercq précise cependant : la vie de l’homme prise en elle-même est inviolable pour l’Etat comme pour les particuliers. Si un homme est coupable, l’Etat doit l’aider à s’amender ; le tuer est aller à l’encontre de la raison même de la société.
La « raison de société » ! Ne perdons pas de vue que depuis Thomas d’Aquin la société a évolué, et donc la raison, la pensée aussi. Au Moyen Age, loi du Talion et torture étaient courantes. Ravaillac n’a-t-il pas été écartelé ! Aujourd’hui, sans tomber dans l’angélisme car l’une et l’autre sont encore trop présentes au monde, les droits de l’Homme, sans être vraiment respectés, sont largement évoqués et invoqués. Dès lors, le caractère sacré de la vie humaine – tout aussi largement affirmé par les chrétiens - peut prendre toute sa dimension, même lorsqu’il va à contre-courant d’idées largement répandues dans les médias et… la population. Affirmant la dignité « jusqu’au bout » de la personne humaine, la France, présentée comme patrie des droits de l’Homme, n’a d’ailleurs pas manqué de graver dans sa Constitution l’abolition de la peine suprême. L’Eglise, quant à elle, a pris position par le Pape Jean-Paul II qui a affirmé, en 1999, que la peine de mort porte l’empreinte de la culture de mort et est donc opposée au message évangélique. Quant à Benoît XVI, dans un message adressé au troisième congrès mondial contre la peine de mort à Paris, il a notamment souligné que les Etats ont les moyens d'empêcher la récidive sans enlever définitivement au coupable la possibilité de se racheter.
Il s’agit donc bien maintenant d’une position ferme.

A l’aube du troisième millénaire, on pourrait donc s’étonner du pesant silence qui entoure ce règlement de compte, notamment de la part des anciens partenaires du président irakien, lesquels, tout au plus, ont « pris acte » de son exécution. Mais évidemment, l’Occident est largement éclaboussé par le sang que Saddam Hussein a fait couler.

Mutisme des uns, pourvoyeurs d'armes ; « prudente » réserve des autres, importateurs du pétrole d’Irak ; les amis d’hier ne se sont pas présentés à la barre.

Oui, il s’agit bien d’une « sale » affaire, bâclée de surcroît. D’autant plus grave qu’il y va aussi bien de la mise à mort d’un homme que de la remise en cause de tout un pan de la diplomatie dans une région du globe déjà chauffée à blanc.

L’humanité avait-elle vraiment besoin de cet exutoire pour commencer une nouvelle année ?

M.P.

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