Pâques amène les chrétiens à parler
de résurrection, de celle de Jésus de Nazareth qui est au cœur de leur foi,
mais aussi de celle promise à tous les hommes. Dans la profession de foi
qu’ils disent souvent le dimanche ils affirment : « je crois à la résurrection de la
chair ». Cette expression n’est plus comprise aujourd’hui, et
même depuis longtemps puisque une autre profession de foi parle de « la
résurrection des morts » Comment comprendre cette formule
aujourd’hui ? Il faut d’abord éliminer quelques images qui ne
correspondent pas à ce qu’affirme la foi chrétienne, avant d’essayer de
dire ce que peut être la résurrection des morts.
Beaucoup seraient tentés de parler de
réincarnation plutôt que de résurrection des morts. Réincarnation veut dire
retour dans une chair, dans un corps. Cette notion vient de la pensée extrême-orientale.
Pour les Bouddhistes, la réincarnation n’est pas ce que l’homme espère. Il
espère sortir du cycle des réincarnations successives pour parvenir enfin au
plein éveil (Bouddha signifie « l’éveillé). Pour les occidentaux, désirer
la réincarnation, c’est espérer une nouvelle chance de réussir sa vie ou de
vivre une autre existence dans le même rapport au temps et à l’espace que
celui que nous connaissons durant notre vie. Cette conception de la réincarnation
ne prend pas en compte l’absolue unicité de la personne. Chacun de nous, dans
le corps qui est le sien, est unique. Je ne suis pas une âme qui pourrait
migrer d’un corps à l’autre. Mon identité, ce qui fait que je suis qui je
suis, tient à mon existence dans ce corps que je suis aujourd’hui et qui évolue
jusqu’à ma mort.
Dans la pensée chrétienne, la résurrection
des morts n’est pas le retour dans un corps de chair. Dans l’Évangile, Jésus
a opéré des résurrections, il faudrait plutôt dire des « retours à la
vie précédente » que connaissaient ceux qui ont vécu cette expérience.
Lazare est revenu à une vie mortelle. Il a dû, à nouveau affronter la mort
pour accéder à la plénitude de vie qu’apporte la résurrection de Jésus.
La résurrection à laquelle croient les chrétiens n’est pas le retour à la
vie de cette terre, dans le temps et dans l’espace, une vie marquée par la
fragilité, la maladie et la mort, une vie marquée aussi par la sexualité et
la possibilité de se reproduire.
Parlant de résurrection des morts, les
chrétiens affirment que, comme Jésus de Nazareth, et en lui grâce au don de
son Esprit, nous partagerons pour toujours la vie même de Dieu. Cette résurrection
concerne notre personne tout entière, elle n’est pas seulement l’immortalité
de l’âme. C’est moi, avec ce qui fait mon identité unique, avec mon corps,
qui suis appelé à partager la vie même de Dieu. Qu’en sera-t-il de ce corps
ressuscité, de ce corps de gloire comme dit saint Paul ? Nous ne pouvons
rien en dire. Paul dit qu’il y aura la même différence entre notre corps de
gloire et notre corps mortel qu’entre le fruit et la graine.
Les chrétiens croient à la résurrection
des morts parce qu’ils font confiance aux témoins qui ont rencontré Jésus
ressuscité. Si lui, qui était pleinement homme, partage la vie mystérieuse de
Dieu pour l’éternité, alors, à nous aussi et à tous les hommes, cette plénitude
de vie est ouverte. Telle est l’espérance des chrétiens
Père
Jean-Louis VINCENT
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