édito

 Soyez dans la joie

Celui qui fait cette recommandation doit être un doux rêveur ou vivre sur une autre planète ! Comment être dans la joie aujourd’hui ? On nous dit que le monde est en crise, que la planète est en danger, que la guerre est toujours là, comme le terrorisme et la faim… Et tous nos systèmes, politiques comme économiques, paraissent obsolètes ! Or on n’en a pas de rechange !!!

C’est vrai, nous sommes en manque : nous sommes des mendiants, des chercheurs de joie… Allez, vous le savez bien : comme tous les biens essentiels, la joie ne se trouve pas chez les marchands. Vous vous souvenez du Petit Prince de Saint-Exupéry : il n’y a pas de marchands d’amis. Et la Bible n’est pas en reste ; le Cantique des Cantiques le dit de la même façon : il n’y a pas de marchand d’amour. La publicité nous invite aux plaisirs et les religions peuvent être sur le marché… mais la joie vient d’ailleurs

Dans son merveilleux livre Derniers fragments d’un long voyage (Albin Michel, 2007), Christiane Singer, à qui un médecin vient d’annoncer une espérance de vie de six mois, nous fait prendre part à  son cheminement vers sa mort. Au quatrième mois, elle ose écrire : « Comment aurais-je pu soupçonner que je puisse encore être si heureuse ? D’un bonheur sans fin, illimité, qui ne veut rien, qui n’attend rien, sinon l’émerveillement de chaque rencontre, de chaque seconde ! Je dis bonheur par pudeur mais ce qui m’habite en vérité est plus fort encore. »

Depuis sa captivité, Saint Paul recommande aux chrétiens de la ville de Philippes d’être toujours dans la joie alors que, soupçonnés de s’opposer à l’empereur, ils sont persécutés comme séditieux. Tous ces gens-là ne sont donc pas des naïfs dans leur bulle ! La joie chrétienne n’insulte pas le malheur des autres. Il ne s’agit pas de « s’éclater » pour oublier, mais de recevoir la joie que le Christ ressuscité apporte au matin de Pâques à Marie-Madeleine, qui a les yeux pleins de larmes comme le dit l’Evangile. Il y a un avenir pour l’homme. Dieu a du temps pour l’homme.

Au matin de Pâques, les chrétiens chantent « ALLELUIA », vive Dieu, vive la vie, vive la fraternité et se rassemblent pour retrouver des frères, entendre la Parole de ce Dieu qui se fait proche, et recevoir la vie. Ce dimanche, comme tous les autres dimanches, est un jour propre pour s’éduquer à la joie, jour de l’homme, jour de joie, de repos, de solidarité : l’Eucharistie les fait « partageurs ». La mort continue à faire son œuvre ; la peur peut encore nous tenailler… Au cœur de cette réalité, les chrétiens croient que la vie peut devenir contagieuse. La joie authentique se partage, se propage : elle transforme pour permettre de passer de la nostalgie à l’espérance, de la mort à la vie, du repli sur soi à la communion.

Bonne fête de Pâques : soyez en appétit de joie…

Marc Denaës, curé de la paroisse Notre-Dame des Sources

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