Le supplice de la croix

Dans l’empire romain, le supplice de la croix n'était appliqué qu'aux esclaves et pour punir les crimes d'Etat. Il a été introduit en Palestine par les Romains car les Juifs appartenaient à une race méprisée dont le patriotisme les rendait tous coupables de crime envers l’empereur. Ce n'est pas pour hérésie (sanctionnée par la lapidation) que Jésus a été condamné mais pour un crime d'État.

La condamnation

La sentence prononcée, le condamné subissait la flagellation, laquelle précédait toujours le supplice. Puis le condamné devait porter lui-même l'instrument de son supplice. Le moment où le misérable se sentait suspendu était d'une angoisse et d'une douleur inexprimables. Les Juifs, par humanité, avaient l'habitude de lui donner du vin aromatisé pour l'étourdir. Jésus, après avoir effleuré le vase du bout des lèvres, refusa de boire.  Il voulut quitter la vie dans la parfaite clarté de son esprit, et attendre avec une pleine conscience la mort qu'il avait acceptée.

La croix

La croix était faite de deux poutres liées en forme de T. Elle était peu élevée et les pieds du condamné touchaient presque la terre. L'arbre principal de la croix était avant tout solidement planté dans la terre. La branche horizontale (l'antenne) était posée sur le sol. Les bras du condamné étendu par terre (et toujours dépouillé de ses vêtements), y étaient solidement attachés ou cloués. Une échelle était ensuite appuyée à l'arbre de la croix. Un soldat y montait et, tirant à lui à l'aide d'une corde l'antenne, il soulevait ainsi le malheureux et fixait l'antenne au sommet du poteau. Un autre exécuteur croisait les pieds l'un sur l'autre et les clouait ou les attachait au bas du poteau. Quelquefois on construisait la croix tout entière sur le sol, on y fixait le condamné, puis on la dressait pour la planter dans un trou profond et préparé d'avance. Un billot de bois pouvait être attaché au fût de la croix, vers le milieu. Il passait entre les jambes du condamné qui s'appuyait dessus pour éviter que les mains ne se déchirent et que le corps ne s'affaisse. D'autres fois, une tablette horizontale était fixée à la hauteur des pieds et les soutenait.

Puis les soldats gardaient le crucifié qui restait là, poussant, au milieu de la foule, les cris que lui arrachait la douleur.

Les passants l'insultaient, les enfants lui jetaient des pierres. Les heures succédant aux heures, la nuit tombait et le crucifié restait alors seul avec ses effroyables souffrances physiques, étourdi par la congestion croissante du cerveau, sentant la mort venir peu à peu, la trouvant trop lente à son gré. Souvent, quand le soleil du lendemain se levait à l'horizon, il était encore vivant et suppliait d'être achevé.

La mort

Aucune autre mort ne pouvait être plus cruelle pour un humain. Le crucifié devait chercher à se lever afin de parvenir à respirer. Chaque fois qu'il se soulève pour combattre l'asphyxie menaçante, le condamné tire sur ses chairs où les clous sont plantés. Il se force donc à respirer le moins souvent possible, règlant ainsi lui-même son agonie. En somme, il rythme la souffrance de l'asphyxie avec la souffrance que causent les plaies de ses poignets ou de ses pieds. Le condamné peut inspirer, mais il est incapable d'expirer tant que le gaz carbonique de ses poumons et de son système sanguin n'a pas atteint un niveau qui force sa respiration à reprendre et à dissiper ses crampes.

L'épuisement, l'état de choc, la déshydratation et la paralysie contribuent à la mort. Le coeur de la victime peut à peine pomper son sang qui épaissit à mesure que meurent les globules.

Il est évident que l'hémorragie des mains et des pieds cloués devait s'arrêter assez vite ; et puis on se bornait parfois à les attacher avec des cordes. Si la mort était trop lente à venir et que les souffrances du crucifié semblaient devoir se prolonger trop longtemps, on lui brisait les os des jambes pour hâter sa fin par asphyxie.                     

M.P.

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