Le Soleil des Andes

 

Au pays Andin de Cusco, il est de tradition de célébrer, lors du solstice d’hiver et en une grande fresque historique, l’Inti Raymi, la fête du Soleil. Une cérémonie dont les origines remontent au temps des Incas, il y a quelque six siècles. Dans ce pays où la misère extrême est une douloureuse réalité, et côtoie en certaines villes une opulence choquante, fêtes et vêtements aux couleurs vives et hautement bigarrées sont un véritable défi au désespoir.

 

Ce dimanche matin du mois de juin (nous sommes dans l’hémisphère sud), en regardant le ciel maussade, une question s’est imposée à nous : invités à une fête, ne risquions-nous pas d’assister en fait à… une vaste débandade ? En effet, des nuages menaçants couvraient le ciel de Cusco (ancienne capitale de l’empire Inca, 450 000 habitants, altitude env. 3700 m.). Or, malgré ce fâcheux contretemps, il s’avéra bientôt que les indigènes restaient optimistes, parce qu’il pleut effectivement depuis plusieurs années à cette occasion… et pourtant… on verrait ce qu’on allait voir ! On affirme même que l’an passé, un superbe arc-en-ciel (les couleurs du drapeau Inca) a couronné la fête !

La cérémonie commença vers 9 heures du matin, dans la ville même, au temple du Soleil. Et dans une grisaille désolante. L’arrivée minutieusement orchestrée des figurants précéda l’Inca, le souverain. Dressé sur une terrasse, altier face au levant, il salua : «  Puissant soleil, Père unique, source de chaleur et de bonheur…» puis lança, dans un silence absolu de la foule, une série d’incantations. Et voici qu’une légère brise se mit à souffler. Les nuages se fendirent pour laisser filtrer un rai de lumière sur l’Inca. Dans la population ce fut une explosion de joie. Mais toujours le scepticisme chez les visiteurs.

D’ailleurs, l’après-midi de ce même jour, quelques gouttes de pluie confirmèrent l’hostilité du ciel à cette fête, déplacée cette fois sur les hauteurs de la ville, dans le site archéologique de Saqsaywaman. Où un tableau vivant, vieux de plusieurs siècles, fut mis en place avec la même rigueur, la même précision et la même confiance que le matin.

C’est alors que, devant des centaines de figurants et quelques milliers de curieux, arriva l’Inca sur sa chaise à porteurs. Il gravit majestueusement les marches d’une estrade d’où il lança de nouveau ses exhortations au Soleil. Et à cet instant encore, comme pour attester de la brève apparition du matin, le « hasard » écarta les nuages, et le soleil darda ses rayons sur la scène. Et sous les applaudissements d’une foule exultante !

 

Comme il est difficile d’imaginer un quelconque trucage, cette succession de « coïncidences » (qui se renouvellent donc depuis plusieurs années) ne peut manquer d’interpeller un croyant en la Sainte Trinité, rationaliste de surcroît…

Au risque de surprendre, et en plus d’une répétition du hasard, le phénomène peut être abordé sous plusieurs angles. Et, qui sait, réconcilier un instant la science et la foi…

Selon les scientifiques, l’origine de nos temps a été sonnée par le Big Bang, un gigantesque phénomène de dilatation. Un balancier sidéral s’est alors mis en branle, sorte de cataclysme nucléaire quelque peu semblable à une bombe à hydrogène, laquelle génère, on le sait, une boule de feu qui brûle tout et rendrait aveugle quiconque oserait la regarder de trop près. L’événement ainsi considéré, la lumière serait bien la première manifestation de Dieu dans notre univers. Comme il en aurait d’ailleurs été bien plus tard au désert, sous la forme d’un buisson ardent mais qui ne se consumait pas (Exode III, 2-4).

L’évangéliste Jean ne manque pas non plus de parler de la Lumière créatrice :

« Cette lumière était la véritable Lumière qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l'a point connue » (Jean I / 9,10).

Par ailleurs, Jésus confirme, parlant de lui-même : « La lumière n’est plus parmi vous que pour peu de temps. Marchez tant que vous avez la lumière » (Jean XII, 35).

Les chrétiens le disent et le répètent à souhait : Dieu est Amour. Selon la prière que Jésus a laissée à ses disciples, il est Père aussi, et de tous les hommes : « J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ; celles-là, il faut que je les amène ; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger. » (Jean X,16).

Dieu baigne donc de son amour tous les hommes. Dès lors, pourquoi ne répondrait-il pas aux prières de nos frères Andins qui l’implorent – certains peut-être sans le connaître - à travers le Soleil ? Oui, pourquoi le Père resterait-il insensible à ceux de ses enfants qui ne lui demandent rien d’autre que l’essentiel pour survivre, alors que nous, occidentaux, méritons trop souvent cette réprimande : « Cherchez plutôt le royaume de Dieu ; et toutes [les autres] choses vous seront données par-dessus. » (Luc XII, 31).

Alors, à côté des apparitions, des guérisons… y aurait-il aussi des rayons de soleil miraculeux… ?

 

M.P.

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