Notre Dame du Marthuret
Le
vitrail de l'Annonciation à Notre-Dame du Marthuret
Déposé
depuis un peu plus de cinq ans pour restauration, le vitrail de l' Annonciation
est de retour à l’église N.D. du Marthuret. Il a retrouvé sa place dans le
collatéral nord, à la hauteur des stalles. Cette œuvre superbe du 15ème
siècle est contemporaine des grandes verrières de
Peut-être avons-nous trouvé trop long le temps passé
à lui redonner une nouvelle jeunesse ? Je me permets de vous renvoyer à la
devise du Duc Jean de Berry, cet esthète raffiné et d'une grande culture. Il
nous aurait peut-être conseillé de méditer sa devise : " Oursine, le
temps viendra " ; (en " bon " français : " soit cool, le
temps viendra "). A moins qu'en Prince égoïste et avide de pouvoir, il
n'ait fait accélérer les choses ! Quoi qu'il en soit, le temps est enfin venu,
et le résultat est à la hauteur de l'attente. Le travail réalisé est très
remarquable.
Placé dans une fenêtre à deux baies, l'une étant
occupée par
Dans la partie supérieure de l'œuvre nous
apercevons trois angelots adorables. Un peu en-dessous, et dans chacune des
baies, nous découvrons un dais d'architecture gothique : manière de mettre en
valeur les deux personnages dont le visage, par ailleurs, est entouré du nimbe
de la sainteté. La tenture rouge et
bleue qui occupe le fond du vitrail a le même objet que les dais.
L'Ange Gabriel est à la droite de Marie. Il a un
genou à terre en signe de respect. Il porte dans la main gauche un phylactère
enroulé sur lequel trois mots sont inscrits : Ave (gratia) Plena, Dominus (tecum).
Le sceptre qu'il tient dans sa main droite, ses vêtements
(aube blanche, chape rouge - elle-même rehaussée d' une bordure richement brodée
et agrémentée d'un fermoir doré) renforcent encore la beauté de la scène et
sont autant de signes destinés à nous rappeler que
Dans l'autre baie nous découvrons Marie. Elle est à
genoux ; les yeux baissés ; les mains croisées sur sa poitrine. Elle porte une
robe de couleur jaune, qui symbolise la lumière, et un magnifique manteau bleu
doublé de blanc. Ses longs cheveux couleur d'or qui tombent jusqu'au milieu du
dos rappellent l'état glorieux.
Derrière elle, un vase dans lequel est un lys en
fleur : symbole de virginité. Au dessus de sa tête, dans une auréole d'or,
plane la colombe divine. Les différents éléments de cette scène nous
invitent à une démarche d'intériorité.
Marie est toute entière silence, prière,
disponibilité et joie contenue. Lorsqu'il s'adresse à
elle, l'Ange lui parle avec un très grand respect ; et la première
parole qu'il prononce est une invitation à la joie : " Réjouis-toi,
comblée de Grâce, le Seigneur est avec toi " (1) . C'est dans
le Magnificat que Marie laissera éclater sa joie : " Mon âme exalte
le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur " (2).
Dans la scène de l'Annonciation il n'y a pas
d'exultation mais une joie intérieure, profonde et humble. Le " oui "
que Marie dit à l'ange nous introduit dans le mystère de Noël. Laissons-nous
porter par la joie annoncée ; et puis - comme Marie a su le faire - sachons écouter
et accueillir
Le oui de Marie, c'est le oui de
En elle se trouvent mêlés les " Mystères
joyeux " et les " mystères
douloureux ". Mais toujours, dans les joies comme dans les peines,"
Marie, qui gardait toutes ces choses dans son cœur, " (3)
n'oubliera jamais " Réjouis-toi comblée de Grâce, le Seigneur est avec
toi " (4).
Nos propres existences, mais aussi la vie du monde,
comportent leur part de " mystères joyeux " et de " mystères
douloureux ". Certains " oui " sont difficiles à prononcer ou à
donner. Nous sommes confrontés à l'épreuve de la confiance en Dieu, qui est
l'épreuve de
" Tu as fait éclater leur joie, et ils se réjouissent
car tu as soulevé le joug qui pesait sur leurs épaules ".
Père Lucien Allababelle