Au service Liturgie, nous avons beaucoup aimé ce texte, qui nous a interpellés.

Nous le partageons avec les lecteurs de Sources-Info.

 

RÉAPPRENDRE LE CORPS EN LITURGIE

 

Nous avons oublié ce qu'est un corps qui chante, qui se déploie, qui prend son temps pour devenir un corps-silence, ou un corps-qui-prie. C'est comme si nous étions toujours extérieurs aux choses à dire, aux gestes à faire, qui n'atteignent en nous qu'une zone, celle de la cérébralité (et encore !). Nous nous précipitons sur la prière à dire, le livre à lire, le pain à manger, le chant à chanter. Nous ne savons pas l'immobilité qui précède la marche, la lumière dans le regard qui précède la parole, l'ouverture des bras qui annonce le "bonjour". Pourtant, c'est dans ce temps d'arrêt que notre corps peut se rendre présent à ce qu'il va jouer, exprimer, vivre.

Notre manque de souplesse, de détente, notre difficulté à habiter de l'intérieur tout ce que nous faisons, cette précipitation dans le déroulement liturgique où nous enfilons, imperturbables, des chants, des monitions, des lectures, des témoignages, des exhortations, et encore et toujours des refrains… sur le même ton, dans les mêmes attitudes, tout cela rend nos célébrations assez souvent pitoyables. Nos idées ne manquent pourtant pas pour leur redonner un peu de vie et de dynamisme. Mais le plus souvent elles tombent à plat car nous attendons d'elles le remède. Nous reprochons aux rites, aux textes, aux prières, de la Bible ou du missel, d'être inadaptés, désuets, mais les gestes, les textes que nous inventons, que nous mettons à leur place ne fonctionnent guère mieux. C'est que le mal est en nous.

Ce sont les réalisations, les mises en œuvre, les manières de dire, de chanter, qui sont archi-décevantes, parce que nous n'apprenons pas à aborder les mots, les gestes, les choses, les lieux, les personnes, en les écoutant d'abord avant de les dire, de les faire, de les prendre. Cela suppose toute une pédagogie et un apprentissage pour abandonner nos raideurs, nos peurs du silence, pour réapprendre l'écoute et retrouver une approche sensorielle de l'espace, du son, de la respiration, de la marche, des couleurs, des matières.

Dans la célébration, nous sommes polarisés par les textes, les chants, les choses, comme si nous étions à leur service. Or, ce ne sont là qu'objets et instruments aveugles, muets, inanimés. C'est à nous qu'il peut arriver quelque chose en les disant, en les chantant, en les prenant, en les mangeant, à condition de réhabiter notre corps.

 

Michel Scouarnec, dans "Vivre… Croire… Célébrer"- Les Éditions ouvrières, p. 47-48. 

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