15 octobre 2006  -   28° dimanche ordinaire  -  Sg 7, 7-11 ; Heb 4, 12-13 ; Mc 10, 17-30

Châtel : 50 ans des fresques de Nicolaï Greschny

Homélie du Père Paul DESTABLE, Vicaire Général.

 

« Il est grand le Mystère de la foi. »

Jésus-Christ notre Seigneur nous a dit de célébrer ce Mystère.

La liturgie orientale byzantine insiste plus que la liturgie occidentale sur l’Eglise comme lieu de la célébration du Mystère de Dieu.

Mais c’est là qu’il faut s’expliquer sur le sens du mot ‘Mystère’ :

Les fresques qui nous entourent ne sont pas une décoration pour donner un côté exotique à une église auvergnate. Il ne s’agit pas seulement d’un support pédagogique pour permettre de mémoriser les récits bibliques.

Enracinées dans la tradition orientale, ces fresques, par l’expression des regards, la position des mains, l’emplacement des personnages, veulent nous permettre d’expérimenter le mystère de Dieu.

Je me garderai bien d’une explication de ces fresques car je ne suis pas compétent. Mais j’ai toujours retenu que devant une icône le plus important n’est pas de la regarder comme un objet à analyser ou à admirer. L’important dans une icône, c’est de se laisser regarder par elle.

Comment ne pas faire le rapprochement avec l’Evangile d’aujourd’hui qui nous présente cet homme riche qui veut absolument suivre le Christ. « Jésus posa son regard sur lui et il l’aima. » Le croyant authentique est celui qui laisse le Christ poser son regard sur lui. Celui qui entre dans cette église est invité à revivre cette expérience : « Jésus posa son regard sur lui et il l’aima. »

 

Mais d’une façon bien réaliste, la Parole de Dieu de ce jour souligne qu’il y a des étapes dans la croissance de la foi. Le « Mystère » est une intensité de vie.

 

La 1° lecture nous parle de la Sagesse. C’est le propre de l’homme dans toutes les cultures, toutes les civilisations, de chercher la sagesse nécessaire pour conduire sa vie et permettre un ‘vivre-ensemble’. Les conseils que nous donne le livre de la Sagesse pourraient se retrouver dans d’autres ouvrages. En comparaison de cette sagesse qui fait vivre, « tout l’or du monde n’est qu’un peu de sable ». Une sagesse de vie est un bien infiniment précieux. A ce propos, je suis parfois inquiet quand je vois le manque de sagesse dans nos façons de communiquer et de réagir. C’est à qui pourra provoquer une tempête médiatique, tant pis si cela déclenche des conflits ou des malentendus durables. Il ne peut pas y avoir une vie ensemble et en paix si nous nous laissons conduire seulement par les émotions les plus spontanées. Il me semble que l’art, quel qu’il soit, s’il est respectueux de la personne humaine, peut être un chemin de sagesse en proposant une éducation des émotions. La beauté nous fat pressentir la grandeur du « Mystère » de la vie humaine.

 

La 2° étape qui nous est proposée par la Parole de Dieu de ce jour, c’est de vivre selon les commandements de Dieu. Un homme se précipite devant Jésus et lui demande : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » En réponse, Jésus lui cite les commandements de Dieu présents dans la Bible : ne commets pas de meurtre, pas d’adultère, pas de vol ; ne porte pas de faux témoignages, ne fait de tort à personne, honore ton père et ta mère. Les commandements sont connus et observés par cet interlocuteur de Jésus qui est un juif pieux. Il ne s’agit pas d’une liste de préceptes arbitraires à observer. Tout le récit biblique synthétisé ici dans cette église nous rappelle le pourquoi de ces commandements : pour vivre dignement et en harmonie, l’être humain doit renoncer au rêve de la toute-puissance. La vocation de tout être humain, c’est l’alliance.

 

Mais Jésus suscite une 3° étape :

Jésus-Christ veut nous conduire à une expérience plus profonde encore.

Dans sa relation avec cet homme riche

Autrement dit, il ne lui propose pas une relation avec Dieu demain, durant la vie éternelle ! Il lui propose une vie avec Lui dès maintenant.

C’est d’ailleurs ce qu’il répondra aux apôtres : « personne n’aura quitté à cause de moi et de l’Evangile une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive en ce temps déjà le centuple : maisons, frères, sœurs, mère, enfants et terre avec des persécutions, et dans le monde à venir, la vie éternelle.

Cet homme refuse de suivre le Christ car il avait de grands biens. Même sans être très riches, il y a beaucoup de biens qui peuvent nous encombrer aujourd’hui. Le Christ ne nous invite pas à l’absence de responsabilité par rapport aux biens matériels, mais il nous invite à rester des hommes et des femmes libres, libres pour aimer. A ne pas nous laisser posséder par les richesses. Mais la richesse qui empêche cet homme de devenir un disciple du Christ, ce n’est pas seulement l’attachement aux biens matériels, mais l’attachement à ses propres mérites.

Le riche, c’est celui qui pense qu’il va tout maîtriser, tout obtenir par ses actions ou ses mérites. Il n’y arrivera pas plus que le chameau qui voudrait passer par le trou d’une aiguille. L’essentiel dans la vie, on ne le fabrique pas, on ne le thésaurise pas, on ne l’accumule pas. L’essentiel dans la vie, on le désire, on l’accueille : il en est ainsi de la vie, de l’amitié, de l’amour, de la foi, de la proximité de Dieu. Le salut ne se mérite pas, il se reçoit. L’épée tranchante de l’épître aux Hébreux ou de l’Apocalypse n’est pas une menace ; c’est l’annonce d’un jugement où c’est Dieu lui-même qui nous ajuste à lui.

 

Je termine en revenant à l’expérience du Mystère de Dieu proposé par cette église de Châtel-Guyon : je ne sais pas quel est le point d’orgue de cette commémoration pour les organisateurs de cette journée. Pour moi, le plus sûr chemin pour communier à l’intention de ce que l’artiste a voulu servir, c’est la célébration de l’Eucharistie. L’architecture et les fresques orientent notre attention sur l’autel, et c’est d’ailleurs la parole présentée par le Christ lui-même : « J’irai jusqu’à l’autel de Dieu ». L’autel est le lieu où se célèbre avec toute l’assemblée le sacrifice du mystère eucharistique. Le mot sacrifice lui aussi peut être mal compris. Il peut être traduit par « merveilleux échange ». Dès la porte d’entrée, nous sommes invités à entrer dans ce merveilleux échange, ce merveilleux passage : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Ici, autour de l’autel : « Je me sanctifie moi-même pour qu’ils soient eux aussi sanctifiés dans la vérité. » Et en face : « Tu ne veux ni holocauste, ni sacrifice, alors j’ai dit ‘me voici’. »

Le Christ a posé son regard sur l’homme riche et lui a dit : « Viens, suis-moi. » Celui-ci est parti. Le Christ a respecté sa liberté. Le disciple chrétien est celui qui, à cette même question, peut répondre : « Me voici ».

Portés par un tel environnement, je nous souhaite d’entrer pleinement dans la célébration du mystère eucharistique.

  Retour à la page d'accueil : Accueil