TEMOINS ET BATISSEURS

Compte-rendu de la rencontre de Février 2008

Témoignage d'Alphonse N'Gom

Alphonse est né dans un village de brousse près de Thiadiaye (région de M'bour) au Sénégal dans une famille où de nombreux enfants sont nés, mais dont seulement 4 ont survécu. Il a 2 frères et 1 sœur. Il est né à une date incertaine, on ne peut pas la déterminer. Seuls, des témoins qui ont assisté à l’accouchement peuvent définirent une date, une saison ou une année. Pour Alphonse, il a su qu’il était né au printemps, ils ont donc défini le 2 mai ! Cette date est imprécise car il peut être né 1 an avant ou 1 an après cette date.

Alphonse a été élevé par sa mère et son oncle car à la suite de problèmes familiaux ses parents ont dû se séparer et, dans la coutume, la mère doit retourner vivre chez ses parents. Quant à son père, il a été recueilli par une mission de prêtres où il a appris à lire et à écrire pour pouvoir faire du catéchisme car il était catholique tandis que sa mère était de tradition animiste. Il venait les voir de temps en temps au village. A 5 ans il entre à l’école de la mission et vient habiter dans ce village où il a reçu une instruction. Cela a été une chance pour lui car il a pu apprendre à lire et à écrire. Alphonse n’étant pas baptisé, se posait beaucoup questions sur la religion et son père lui a fourni quelques explications malgré la religion de ses oncles (musulmans) et sa mère (animiste). Alphonse n’a jamais été contraint de choisir une religion… ce qui est une chance au Sénégal où des religions différentes se côtoient en harmonie, parfois au sein de la même famille. Il est donc allé se renseigner à la mission où on lui a enseigné le catéchisme pendant 2 ans. Puis il a été baptisé avec son frère (qui a 2 ans de plus que lui). Par la suite, tous ses frères et sœurs deviendront musulmans. Il continue à les accompagner dans leur religion (ex : il les appelle au moment du Ramadan pour les aider et les encourager). Du coté de la famille de son père ils sont ANIMISTES, c’est-à-dire qu’ils voient partout la présence de Dieu. Plus tard, il enseignera le catéchisme à sa mère car ses parents se sont réconciliés et se sont même mariés à l’Église !

Au Sénégal, pour être Chrétien, il faut être très convaincu pour ne pas être « écrasé » par la masse des musulmans (90%). Alphonse obtiendra ensuite le certificat pour entrer en 6ème : c’est une grande fierté pour ses parents (ils l’encadrent, etc). Lui est très heureux de l’avoir eu mais en même temps très triste car il va devoir quitter son village et sa famille pour aller au collège à Thiès, une ville à 80 km de Dakar et loin de chez lui. Cette situation lui pose problème car il lui faut acquérir une certaine autonomie. Là-bas, il rencontre un prêtre, le Père Brumelot qui a été curé à Riom. Ce père l’accueillera alors avec d’autres jeunes comme lui. Il a d’ailleurs gardé le contact avec lui (il vient tous les dimanches manger chez Alphonse !).

A cette époque, Alphonse a lui aussi, le désir de devenir prêtre. Après le BAC, pendant 3 ans, il enseignera un peu de tout (EPS, Espagnol…). Son évêque, qui veut s'assurer qu'il a bien la vocation et qui sait qu'il n'a pas fait le petit séminaire en tant qu'élève, le nomme alors en tant qu’enseignant. Il devient sous-directeur de celui-ci. Il vivra 7 ans en compagnie du Père Brumelot. Il obtient une bourse, puis rencontre un professeur français canadien qui lui ouvre sa bibliothèque, il a ainsi permis à Alphonse de connaître la culture Française. Au Sénégal, toute personne instruite, parle français.

Alphonse fait une demande dans 3 villes en France pour entrer dans une université. Il est pris dans les trois mais choisit Clermont-Ferrand car le père Brumelot est curé de Lezoux. Il sera logé au presbytère durant 4 ans. (c'est à cette époque qu'il rencontre Jean-François Omerin lors d’une session de Musique Sacrée à Saint Ours.)

Le père Brumelot devient ensuite curé à Riom, Alphonse sera jusqu’à son mariage (1984) logé à la maison des prêtres en face de Saint-Amable.

Il décide un jour de ne pas devenir prêtre car il comprend que l'on peut aussi témoigner de sa foi et évangéliser sans être prêtre.

Il sera enseignant d’espagnol dans plusieurs villes. Alphonse retourne au Sénégal tous les deux ans, envoie une aide financière à sa famille. Son village a changé, il y a maintenant un collège, un hôpital, des cabines téléphoniques… et, malheureusement, les veillées familiales ont été remplacées par la télévision chez les voisins.

Pour lui le bonheur est d'aimer tout simplement ce que l'on a, rester humble et de toujours avoir confiance en Dieu. C’est l’héritage de son père (mort à 89 ans). Alphonse est maintenant fixé à Riom, ses enfants sont tous passés par Sainte Marie.

Sa maxime : « Dieu est toujours avec nous. Tant qu’on garde les yeux fixés sur lui on est capable de beaucoup de choses »

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